Migrations Internationales

Les migrants,

le visage humain de la mondialisation

 

L’Union européenne a fermé ses portes aux migrants. Les canaux d’immigration légale, basés sur le respect des droits humains, ne sont clairement définis dans aucune législation nationale ni dans celle de l’Union. La dimension sécuritaire, en écho à la dimension utilitariste, domine les préoccupations des dirigeants européens.

 

Sur fond de lutte contre le terrorisme, l’Union européenne choisit d’injecter de plus en plus de ressources dans les contrôles aux frontières extérieures et impose aux Etats de transit (comme le Maroc, la Libye, la Mauritanie mais également l’Ukraine ou la Biélorussie) de jouer les gendarmes de l’Europe. Or ces Etats ne sont pas en capacité d'assumer cette mission au niveau social, économique, éthique. L’Union exerce des pressions sur eux par un chantage aux subventions de développement pour qu’ils renforcent leur capacité à contrôler leurs frontières (déploiement de gardes frontières, mise en place de dispositifs de sécurité ultra perfectionnés, etc.).

 

La multiplication des morts aux frontières (6393 en dix ans) et les évènements récents de Ceuta et Melilla sont la preuve tragique que cette politique sécuritaire est vouée à l’échec. Plus les contrôles sont répressifs, plus les migrants empruntent des voies de migration dangereuses. La répression n’a rien de dissuasif, bien au contraire. La tendance actuelle n’est pas de rechercher de véritables solutions à ces drames. Il s’agit de montrer à l’opinion publique que les flux migratoires sont maîtrisés, et de mettre en avant le tout sécuritaire : après les événements de Ceuta et Melilla, la seule réponse que l’Union européenne ait donné a été de rajouter trois mètres de grillage et de pousser le Maroc à renforcer ses propres contrôles à la frontière du sud.

 

La dimension utilitariste

 

Il n’existe pas encore de véritable politique européenne d’immigration. Néanmoins, les Etats européens, centrés sur leurs intérêts, cherchent à rationaliser les flux migratoires pour répondre aux exigences du marché mondialisé : l’immigration choisie est l’idée centrale afin de sélectionner les migrants utiles pour l’économie qui seuls pourront être admis en Europe.

 

Le choix des personnes s’effectuera à partir des pays d’origine, par le biais des ambassades qui délivreront des visas en nombre limité, ou des pays de transit où les Etats de l’Union européenne sont en train de créer des « centres de tri ». Les nombreuses personnes qui actuellement ne peuvent atteindre l’Europe et qui se massent aux frontières font un excellent réservoir pour l’UE qui envisage de regrouper ces populations dans des centres « externalisés » où leur demande d’asile sera examinée. Une fois reconnus, ils pourront être « réinstallés » dans un Etat européen. Le droit d’asile sera ainsi totalement détourné. Pour ceux qui auront atteint l’Europe sans passer par ces voies légales, la seule issue, en dehors de la clandestinité, sera la détention puis l’expulsion.

 

Le développement, une fausse réponse pour contrecarre la migration

 

Le développement est de plus en plus instrumentalisé au profit des politiques migratoires. Même à travers un moyen à priori louable, le développement du Sud aux fins de freiner les migrations contribue à entretenir une image négative des migrants, de les présenter comme un fardeau et non comme une richesse. Le développement des pays du Sud doit être guidé par un souci de justice, de meilleure répartition des richesses et non par la hantise de retenir les migrants chez eux. Aujourd’hui la politique de l’Union européenne est encore plus pernicieuse : sous couvert de « développement », de plus en plus de fonds sont débloqués pour financer non plus des projets d’aide mais un contrôle renforcé des frontières, bien en amont des portes de l’Europe.

 

De plus, si la migration est souvent présentée comme l’effet mécanique du sous-développement, développer le Sud n’a jamais mis fin à l’exil et l’a au contraire amplifié. D’une part, les politiques d’aide au retour pour la mise en oeuvre de projets de co-développement ont été vouées à l’échec. D’autre part, de nombreuses études ont montré que le développement n’entraîne pas la sédentarisation mais au contraire augmente la mobilité. Parce que la migration est un moyen de se construire des identités multiples auxquelles aspirent de plus en plus de citoyens du monde mais qu’elle permet aussi de redistribuer la richesse, il faut la considérer comme appartenant à notre temps. Celui de la mondialisation et de l’ouverture.

Témoignage :

La forteresse Europe

 

 

Monsieur Sy est originaire d’une région rurale au Sénégal. Il est marié et père de 2 enfants, une fille de 10 ans et un fils de 13 ans. Il a également à sa charge sa mère qui est handicapée, ainsi que deux de ses soeurs. Monsieur Sy est cultivateur et travaille dans la récolte de l’arachide qui ne dure que trois mois par an. Ne gagnant pas assez d’argent pour faire vivre sa famille, Monsieur Sy a essayé de rejoindre l’Europe par la frontière espagnole.

 

En août 2005, Monsieur Sy est parti de Dakar en voiture pour aller au Mali. De là, et avec quelques compagnons de route, il a rejoint l’Algérie et a traversé ce pays avant de passer à pied au Maroc. Il s’est alors dirigé vers Nador d’où il voulait passer dans l’enclave espagnole de Melilla. En arrivant aux abords de Melilla, Monsieur Sy et ses compagnons n’étaient plus que douze. Ils ont alors décidé de se diviser en deux groupes de six afin de passer la frontière à quelques jours d’intervalle.

 

Mi-novembre, le groupe de Monsieur Sy a essayé le premier. A 3 heures du matin, avec l’aide d’une échelle, ils ont tenté de franchir le mur séparant Nador de l’Espagne. Certains sont restés accrochés aux barbelés et ont été récupérés par la police marocaine. Monsieur Sy a réussi à passer la première grille, mais il s’est fait tirer dessus alors qu’il commençait à escalader la deuxième et a reçu une balle dans la jambe. Il s’est évanoui et ne sait pas si c’est la police marocaine ou espagnole qui lui a tiré dessus. Il s’est réveillé quelques jours après à l’hôpital à Rabat où il avait été transféré. A son réveil, on lui a dit qu’il devait se faire opérer d’urgence. Monsieur Sy a été amputé de sa jambe droite trois jours après s’être fait tirer dessus. Il est ensuite resté plus d’un mois à l’hôpital. A sa sortie, il a rejoint le quartier sénégalais de Rabah où, heureusement, il a retrouvé des cousins à lui. Une cotisation a eu lieu dans le quartier pour qu’il puisse se payer un billet pour le Sénégal où il a réussi à revenir huit jours après sa sortie de l’hôpital. Sans cette entraide, Monsieur Sy serait peut-être toujours à Rabah, n’ayant aucune ressource pour repartir au Sénégal et ne pouvant travailler vu l’état de sa jambe. Il avait d’ailleurs essayé de s’adresser à l’Ambassade sénégalaise au Maroc, mais sans succès.

 

Après 4 mois de périple, Monsieur Sy est revenu à Dakar avec une jambe en moins. Avec un tel handicap, il n’a que peu de chances de trouver un travail dans sa région d’origine. Il n’a donc pas pu y retourner et il n’a pas encore revu sa fille et sa femme. Monsieur Sy se retrouve aujourd’hui totalement sans ressources. Il ne peut plus du tout soutenir sa famille, ni payer ses médicaments.

 

 

 

6393 morts aux frontières de l’Union européenne recensés en dix ans.

source : www.unitedagainstracism.org

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